Par Stéphane Mallard pour l’ADN le 12 avril 2017
__On a tendance à considérer l’I.A. comme un outil qui va augmenter l’Homme et son intelligence. En réalité, elle modélisera toutes nos fonctions cognitives même les plus complexes comme la créativité et la conscience.

A chaque bouleversement technologique, mêmes réactions : d’un côté des early adopters, qui se ruent sur les nouveautés, conscients du potentiel que peut représenter cette avancée, de l’autre côté des sceptiques, souvent hermétiques aux changements et qui développent une forme de résistance passive.

La programmation est morte ! Vive l’entraînement !

La grande révolution que nous vivons depuis quelques années en intelligence artificielle tient au fait que nous ne programmons plus des logiciels avec des règles fixes mais que nous entraînons des algorithmes à découvrir des règles de fonctionnement.

On entraîne des intelligences artificielles à reconnaître ce qu’il y a dans leur environnement visuel (des visages sur des photos ou des cancers sur des images médicales) et à adapter leur comportement pour atteindre des objectifs : jouer à des jeux vidéo, conduire des voitures ou bluffer au poker.

On s’inspire de l’apprentissage humain qui consiste à essayer, à ajuster, à répéter pour maîtriser une tâche, aussi bien apprendre à marcher que manipuler des concepts comme les mathématiques ou apprendre une langue. Les résultats sont impressionnants et progressent à une vitesse exponentielle dans tous les domaines.

Nous sommes à un moment où les entreprises recherchent des cas d’usages bien spécifiques : pour augmenter leur connaissance client, améliorer leurs interactions avec leurs clients, mieux et plus rapidement développer leurs produits etc…Les entreprises voient l’intelligence artificielle comme un outil, une technologie de plus qui améliore la productivité. C’est une erreur, l’intelligence artificielle nous fait vivre un changement de paradigme vertigineux.

« Il restera toujours la créativité à l’Homme ! »

Dans cette confusion qui consiste à voir l’intelligence artificielle comme un simple outil, une technologie de plus, on entend beaucoup de naïfs proclamer que malgré toutes ces avancés bluffantes, il restera toujours la créativité à l’Homme, que la machine ne pourra jamais le concurrencer sur ce terrain.

Faisons preuve de modestie. Les premiers algorithmes d’intelligence artificielle qui créent sont déjà là, ils composent de la musique, font des peintures, écrivent des scénarios de court-métrage et inventent des recettes de cuisine. La créativité est la capacité à relier ce qui n’avait pas été relié jusqu’à présent (notes de musique, couleurs, idées…) avec de l’aléatoire et des hypothèses : il suffit que l’algorithme teste la valeur de ces liens dans les données qu’on lui donne pour créer tout seul.

Chez l’homme on ne sait pas trop comment cela fonctionne, un mélange d’aléatoire et d’influence entre des informations contenus dans des cerveaux. Aujourd’hui, les algorithmes apprennent nos goûts, nos préférences, nos envies et les mélangent à leurs données, à leur connaissance pour pouvoir nous servir ce qui nous plait dans tous les domaines et qui auparavant était le fruit de la créativité humaine…

Oui, l’intelligence artificielle pourra tout faire

Nous sommes effectivement dans la phase d’augmentation de l’Homme par l’intelligence artificielle, mais la vitesse d’évolution de l’intelligence artificielle est tellement rapide que nous entrerons très vite dans la phase de remplacement de l’Homme par l’intelligence artificielle. On entend quelques prospectivistes et économistes nous dire qu’il n’y a aucun doute, l’intelligence artificielle sera complémentaire de l’homme pour l’augmenter…

En réalité, il n’y a aucune limite au développement de l’intelligence artificielle et à ses futures capacités. Toutes nos fonctions cognitives, tout ce que nous permet de faire notre cerveau pourra être fait par l’intelligence artificielle.

Aujourd’hui les intelligences artificielles maîtrisent la vision et peuvent reconnaître leur environnement, elles manipulent le langage, apprennent à réaliser des tâches toutes seules, à reconnaître nos émotions. Il reste évidemment beaucoup de challenges et de difficultés mais cela s’améliore très vite. Notre intelligence était notre spécificité par rapport aux animaux grâce au neo-cortex. Elle sera challengée par l’intelligence artificielle qui modélisera toutes ses capacités sans exception : certains chercheurs de l’Institut Polytechnique de New York travaillent même sur des algorithmes de conscience artificielle pour permettre aux machines de porter un regard subjectif sur elles-mêmes en fonctionnant.

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